Histoire de l'arrondissement et de la Sous-préfecture

L'histoire de l'arrondissement de Castellane

 
 
Les origines de l'arrondissement : permanence d’un chef-lieu
L’évolution de l’arrondissement : conservation d’un cadre
 
La présente étude a pour objectif de rassembler quelques données historiques succinctes sur la sous-préfecture de Castellane et son arrondissement.
 
  Les origines de l'arrondissement : permanence d’un chef-lieu
Le chanoine MARTIN écrit : " A la fin du XVIIIème siècle, Castellane comptait 2050 habitants. Sa contribution foncière en 1798 était supérieure à celle de Digne (22 015 contre 16 992). Elle possédait alors 8 avocats, 5 procureurs, 2 médecins, 4 chirurgiens, 12 fabriques"
 
Par la mauvaise route conduisant vers la basse Provence, la circulation était intense durant les quelques mois d'été. Les draps, les laines, les peaux, les chapeaux, le miel, la cire, transportés à dos de mulet, étaient échangés contre les vins, les céréales, les épices venant de la partie méridionale de la Provence.
 
A cette époque, Castellane s'enrichissait par la fabrication des faïences, des tuiles, l'industrie des cuirs, de la chapellerie (6 fabriques), l'apiculture (2 fabriques de cire) et même la sériciculture.
 
Les moyens de communication laissaient alors fort à désirer. Castellane n'était desservie que par la vieille voie romaine, la voie Salinaria, qui la reliait par le col des Lèques à Barrème. De mauvais chemins menaient à Grasse, à Comps, à Draguignan. Ce n'est qu'en 1864 que la route conduisant à Moustiers Sainte-Marie fut ouverte, route qui remplaça la voie prétorienne reliant Castellane à Riez. La route reliant Nice à Digne ne fut mise en chantier qu'en 1839.
 

L'histoire administrative de Castellane.

Au concile de Nicée, l'Église avait décidé de calquer son organisation sur les cadres de l'administration civile. A partir de 325, les provinces romaines devinrent donc archevêchés et les circonscriptions évêchés. La cité de Castellane (Civitas Salinensium) fut ainsi érigée un temps en diocèse, rattaché directement à l'archevêché d'Embrun. A partir de l'an 890, les documents établissent toutefois le rattachement de Castellane à l'évêché de Senez, qui demeura jusqu'à la Révolution.

 
Sur le plan politique, la bravoure du baron Boniface, qui délivra Castellane de la menace des Sarrazins vers 852, permit d'unifier pour longtemps les populations des alentours.
Castellane formait ainsi, dans le haut moyen-âge une baronnie indépendante, qui regroupait 46 villages, de Cotignac à Thorame et de Soleilhas à Esparron près de Gréoux. Pour administrer ce vaste territoire, le baron était assisté de sept officiers et d'un conseil de syndics.
 
Après la réunion de la baronnie au comté de Provence, en 1260, Castellane devint un chef-lieu de viguerie, administré par un bailli. Ce privilège lui fut donné par le roi Charles 1er en1262. Le roi Robert donna à cette viguerie plus d'extension en 1342, avec les cantons de Comps, Barrême et Colmars. Elle comprenait encore 33 communautés à la Révolution.
 
En matière de justice, Charles 1er avait confirmé et augmenté la cour royale siégeant à Castellane, héritée de la baronnie. La sénéchaussée de Castellane succéda à la cour royale: elle fut établie en 1639 par le roi Louis XIII.
 
Sous l'Ancien Régime, l'administration municipale était confiée à trois consuls, dont le premier était maire et chef de toute la viguerie. Ce système remontait à Charles VIII, qui l'avait institué en 1486 à l'occasion de l'annexion de la Provence à la France (9 avril 1487). Aux côtés des consuls officiaient trois intendants de police, un procureur du roi, trois auditeurs de compte, un trésorier et un greffier. Tous ces administrateurs étaient renouvelés chaque année le 8 décembre et prenaient leurs fonctions le 1er janvier, suivant les mêmes formalités et usages établis à Aix pour l'élection des procureurs du pays.
 
Sur décret de l'Assemblée nationale du 12 novembre 1789, de nouvelles municipalités furent élues. Le 15 février 1790, Balthazar Lieutaud, avocat au parlement d'Aix, fut élu maire de Castellane, avec à ses côtés cinq conseillers. Un des premiers actes de cette municipalité fut la protestation qu'elle éleva contre la nouvelle division administrative et judiciaire que venait de décréter l'Assemblée nationale : " Nous regrettons, dit le maire, que les lieux du Bourguet, de Châteauvieux et de La Martre, qui ont toujours été unis à notre Viguerie, en aient été séparés et joints au district de Draguignan, que les lieux de Collongue, des Mujouls et de Sallagrifon, qui faisaient partie de notre sénéchaussée, aient été unis au district de Grasse".
 
Rappelons que, dès le 15 janvier 1790, l'Assemblée nationale avait divisé la France en 83 départements, eux-mêmes divisés en districts. Malgré la réduction de sa zone d'influence administrative, Castellane fut tout de même érigée en chef-lieu de district. Cela ne consola pas, cependant, les membres du Conseil général de la commune, qui, le 21 novembre 1790, regrettaient l'établissement de ce district en raison de la dureté des impôts.
 

Le district de Castellane était administré par un conseil de district. Cette circonscription est l'ancêtre de l'arrondissement. Celui de Castellane fut établi à la suite de la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) instituant les préfets.

 
L’évolution de l’arrondissement : conservation d’un cadre
En 200 ans, la carte de l’arrondissement de Castellane n’a connu que des aménagements marginaux.
 
Le rattachement du comté de Savoie à la France, en 1860, n’a pas accru l’étendue de l’arrondissement de Castellane. La conservation des limites territoriales lui donna deux voisins: à l’Est, le département des Alpes Maritimes et, au Nord, l’arrondissement de Barcelonnette.
 
Ce n’est qu’en 1973 que le réalisme géographique conduisit au rattachement de la commune canton d’Allos à l’arrondissement de Castellane. Les deux cantons d’Allos et de Colmars fusionnèrent ainsi pour former le canton d’Allos Colmars, composé des 6 communes de la haute vallée du Verdon à compter des 2 Thorame.
 
Parallèlement, l’arrondissement se trouvait amputé du canton de Barrême, alors rattaché à l’arrondissement chef-lieu de Digne.
 
L’exiguïté des locaux, comme l’absence de candidat à l’affectation, déterminèrent alors le préfet… à compenser l’adjonction d’Allos par le retranchement du canton de Barrême !
 
Pour qui s’intéresse aux circonscriptions administratives, l’histoire de l’arrondissement de Castellane comporte son lot d’anecdotes. Au Fugeret, Marcel Jacomet, l’adjoint spécial du hameau d’Argenton, se plaît à raconter comment le hameau d’Aurent se trouva un jour retranché du territoire de la commune de Braux. C’était, paraît-il, après la Grande Guerre ; un conseiller municipal natif d’Aurent avait pris l’initiative de réparer bénévolement le bassin d’eau potable du hameau, en amenant, sur son dos, un sac de ciment. Or, le maire et le conseil municipal de Braux refusèrent par la suite de lui rembourser l’achat de ce sac. Révoltés, les habitants d’Aurent exigèrent, et obtinrent, que leur hameau fût rattaché à la commune voisine de Castellet lès Sausses. L’histoire ne dit pas si ce sac de ciment fut alors remboursé ou non.
 
Si les limites de l’arrondissement n’ont que peu varié, le fait majeur, depuis son institution, est certainement l’épisode de sa disparition réapparition, dans la première moitié du vingtième siècle. Dans le cadre du plan Poincaré, l’Etat fut amené à aliéner certains de ses biens. En 1926, la sous-préfecture de Castellane était supprimée, en même temps que le tribunal de paix qui avait succédé à la cour de sénéchaussée. Les communes de l’arrondissement furent alors rattachées à la ville chef-lieu, Digne.
 
La sous-préfecture ne fut rétablie que le 9 juin 1942, par le Gouvernement de Vichy, qui y nomma le Sous-préfet Paganon.